"QUI-DAM" RADOUB 7

Ce “Radoub 07”, je l’ai voulu plus énigmatique, je ne souhaite pas qu’il livre trop aisément ses références.

Un port : lieu interlope par définition, le port de commerce offre son lot de tentations, désespoirs et de déchéance.

En filigrane ces deux personnages, ces silhouettes au premier plan. Ils sont à la fois très évidents et très mystérieux…
Un homme, une femme, qui est cet homme, qui est cette femme, dans ce port d’Amsterdam ?
…Y a des marins qui boivent et qui boivent et reboivent et qui reboivent encore, ils boivent à la santé des putains d’Amsterdam…

France Biahnnic

"BUGALED BREIZH"

Onze ans après le naufrage du chalutier breton le « Bugaled Breizh » en 2004, dans la Manche, la cour d’appel de Rennes a confirmé l’ordonnance de non-lieu.

Les cinq épouses de ces marins ne sauront jamais la vérité, car cette vérité a coulé dans les abysses politiciens.

Secret défense : le navire aurait-il été entraîné par le fond par un sous-marin de l’OTAN qui effectuait des manœuvres ce jour-là dans cette zone ?

Comme pourrait l’indiquer le silence des juges d’instruction, ce naufrage serait la cause de « l’incompétence de son équipage ».

Quelle audace ! Ces pauvres marins se seraient noyés et, de plus, par leur faute !

Je dédie cette toile à ces cinq marins, courageux, du port de Loctudy, ainsi qu’à leurs malheureuses épouses…

France Bihannic

"BALISES" RADOUB 8

« Ce tableau, de la série “Radoub”, prolonge une vision toute personnelle des ports industrieux. Cette toile, qui mêle abstraction et figuratif, offre un amalgame de coulures, de salissures, d’artefacts (dans tous les sens du mot) dans une composition totalement fantasmée, qui surgit de tes souvenirs, mais aussi de tes réflexions sur notre société, sur notre actualité…

La passivité de l’homme devant la désolation des autres. Ouragans, tsunamis, la terre qui se détraque, mais on reste contempler son anéantissement. »

Manuel Bonneau

"ALGUES BRUNES"

Le kombu royal est une grande algue brune ayant une fronde en forme de gaufre plate qui peut atteindre sept mètres de longueur et une trentaine de centimètres de largeur. Gamins, nous les appelions des « serpents ».

Nous les traînions derrière nous et leurs traces formaient des zigzags sur le sable,
ouvrant la porte à d’imaginaires autoroutes.

Pour mon père, moussaillon de la Côte des Légendes, cette algue était déjà un jeu de prédilection ! Il fouettait cette fronde contre les rochers et, dans un claquement sourd, elle volait en éclats…

Les concours étaient lancés.

France Bihannic

Les Léonards, pilleurs d’épaves, allumaient des feux le long du sentier des douaniers pour tromper les marins qui, de ce fait, manœuvraient leur vaisseau droit sur les récifs.

France Bihannic

"EPAVE"

Mon grand-père me racontait des histoires de pilleurs d’épaves ;

Sur les cornes des bœufs, ils accrochaient des lanternes pour tromper les navires et provoquer des naufrages.

Dès que le butin s’échouait sur le rivage, c’était une aubaine nourricière pour plusieurs jours et pour tout le village !

Cela était appelé « Le droit de bris ».

France Bihannic

"DEMAIN"

Sur les ombres noires des falaises, la mer se déchire et la lune s’avance…

Bientôt, tout deviendra ombres, infiniment paisible.

France Bihannic

"HO !"

Le dégazage sauvage est un assassinat !

Les pétroliers immatriculés aux Bahamas ou ailleurs, battant pavillon de Panama, du Libéria ou d’îles Marshall qui s’échouent au large de nos côtes de Bretagne ou d’ailleurs,

Le fioul qui s’échappe par les fissures des coques de ces navires. On parle de tonnes de fioul qui se déversent dans nos océans.

De gigantesques marées noires souillent gravement nos côtes de Galice, du Pays Basque, des Landes, d’Aquitaine, de Vendée et de Bretagne.

C’est ma Bretagne, dans toute sa splendeur, mais aussi dans toutes les souffrances qu’on lui inflige et que je veux dénoncer.

Quand nos politiques prendront-ils acte de ces homicides volontaires ?

Quand va-t-on reconnaître la mer comme « bien commun de
l’humanité » ?

France Bihannic

"PRESTIGE EN MER"

Le dégazage sauvage est un
assassinat !

Pétrolier immatriculé aux Bahamas qui s’échoue au large du cap Finisterre, près des côtes de Galice, le 13 novembre 2002.

Le fioul s’échappe par de nombreuses fissures. On parle de 4 000 tonnes de fioul.

Une gigantesque marée noire va souiller gravement les côtes de Galice, du Portugal, du Pays Basque, des Landes, d’Aquitaine, de Vendée et du sud de la Bretagne.

C’est ma Bretagne, dans toute sa splendeur, qui souffre des misères qu’on lui inflige et c’est cela que je veux dénoncer, ici, sous la pulsion de mes pinceaux.

Quand nos politiques prendront-ils acte de ces homicides volontaires ?
Quand va-t-on reconnaître la mer comme « bien commun de l’humanité » ?

  • En 1967, le tanker Torrey Canyon s’échoue dans la Manche et déverse ses 120 000 tonnes de pétrole dans la mer.
  • En 1976, le pétrolier Olympic Bravery se brise à Ouessant où il perdra 1 200 tonnes de brut.
  • En 1976 encore, le pétrolier Boehlen, transportant 9 500 tonnes de pétrole brut, coule au large de l’Île de Sein.
  • En 1978, en 15 jours, les 227 000 tonnes vomies par l’Amoco Cadiz, souillent 340 kilomètres de littoral.
  • En 1999, le naufrage de l’Erika, pétrolier affrété par la compagnie Total, a provoqué une marée noire sur 400 kilomètres de côtes et mazouté plus de 150 000 oiseaux.

France Bihannic

"PORTSALL"

AMOCO CADIZ… 40 ans
2018

J’avais 15 ans.

En arrivant au port, j’ai compris qu’il se passait un événement tragique.

Encore au volant de sa 404, mon père se frayait un passage parmi tous les désespérés qui avançaient vers la dune.

La voiture garée, nous avons suivi tous ces orphelins, qui s’ignoraient les uns les autres, vers « Le Monstre » qu’on n’apercevait pas encore.

Il régnait une ambiance de mort…

L’odeur, tout d’abord, nauséabonde, qui ne ressemble pas au bouquet des algues et de l’écume si familier.

Une puanteur incroyable.

Mais nous ne sommes pas encore au comble de notre surprise.

En s’approchant du sommet de la dune, incroyablement insensé, irréel, impossible, un mastodonte est là, laid, immonde, adipeux de toute sa graisse noire qu’il dégueule de ses entrailles. Je pourrais presque le toucher du doigt, tant il est là, près de nous.

Ces 230 000 tonnes de graisse noire viennent nous envahir, violer nos plages, déflorer notre mer, mépriser notre sable, profaner nos rochers, assassiner nos poissons, mettre à mort nos oiseaux.

Il régnait une ambiance de mort…

Après cette odeur, c’est maintenant ce silence qui m’étouffe.

On est là, tous, immobiles, abasourdis, impuissants, debout face au monstre, nous veillons un mort.

Plus un bruit. Ni le chant des mouettes dans le ciel, ni les cris des enfants sur la plage, et encore moins le murmure du clapotis de l’eau.

Il n’y a plus un son. Effrayant.

Mon père est figé, là, fixant ce meurtrier coincé dans les roches.

Je ne sais pas ce que je peux lire dans son regard à ce moment précis : De la haine ? De la tristesse ? De l’amertume ? De la consternation ?

J’ai pleuré de désespoir, de désenchantement, d’écœurement.

Á ce moment précis j’ai pensé que tout était perdu.

Il régnait une ambiance de mort…

Que va-t-elle devenir ?
Comment la soigner ? Comment la protéger des récidivistes !

J’ai honte.

Pourtant, jamais les pêcheurs, les Portsallais, les Léonards ne se sont résignés.

Ils se sont battus pour faire entendre leur colère, jusqu’à Chicago !

Il aura fallu 14 années de procédure pour que la cour d’appel de Chicago condamne la Standard Oil of Indiana pour la marée noire causée par son navire, l’Amoco Cadiz.

Et pourtant je n’y croyais pas.

France Bihannic

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